Psychédéliques en psychiatrie : 5 faits essentiels sur la situation en France
En bref : En France, les psychédéliques ne sont pas autorisés comme traitement : la psilocybine ne peut être utilisée en psychiatrie que dans le cadre d'essais cliniques autorisés par l'ANSM. Un essai pilote du CHU de Nîmes sur l'alcool et la dépression a donné des résultats prometteurs, mais sur 30 patients seulement.
Les psychédéliques sont-ils autorisés en psychiatrie en France ?
Pas comme traitement. La psilocybine est classée stupéfiant et son emploi exige une autorisation préalable de l'ANSM. Les essais cliniques relèvent du règlement européen n° 536/2014, selon la réponse ministérielle de mai 2025.
Concrètement, la seule voie légale en psychiatrie est un essai clinique autorisé.
Quels essais cliniques existent en France ?
- CHU de Nîmes, essai PAD : psilocybine et accompagnement psychothérapeutique dans le trouble lié à l'usage de l'alcool avec dépression. L'ANSM l'a autorisé le 21 septembre 2023. Il s'agit d'un essai pilote randomisé, en double aveugle, sur 30 patients.
- CHU de Nîmes, second essai : sur les crises non épileptiques psychogènes. La demande d'autorisation était toujours en cours d'évaluation en mai 2025.
- GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, projet PSILOTRAZ : dépression résistante, 100 participants prévus, financé par l'ANR à hauteur de 392 710 euros. Le projet a débuté en décembre 2024 pour 48 mois, d'après la fiche ANR.
- PAPAUD (psilocybine) et ADELY (LSD) : deux projets en attente d'autorisation en juillet 2025, selon Caducee.net.
En décembre 2024, Le Quotidien du Médecin annonçait le lancement de deux essais en France, sur le sevrage alcoolique et la dépression résistante.
Que montrent les premiers résultats français ?
L'étude PAD, publiée dans la revue Addiction le 1er juillet 2025, compare une dose élevée de psilocybine à une dose très faible de contrôle. À 12 semaines, 55 % des patients du groupe psilocybine étaient abstinents, contre 11 % dans le groupe contrôle, selon Caducee.net.
La dépression s'est améliorée dans les deux groupes, sans différence significative entre eux. Les effets indésirables étaient surtout mineurs : maux de tête, nausées, fatigue.
Ces résultats restent préliminaires. L'essai ne comptait que 30 personnes et le double aveugle a été imparfait : 93,3 % des patients ont deviné leur groupe.
Pourquoi la France avance-t-elle prudemment ?
Selon La Revue du Praticien, la France accuse un léger retard sur plusieurs voisins européens. La formation des professionnels reste limitée, la stigmatisation persiste et le coût des thérapies assistées freine l'accès.
La Dr Lucie Berkovitch, de l'hôpital Sainte-Anne, voit dans l'étude de Nîmes une première qui pourrait amorcer une vague d'essais.
Quand ces thérapies pourraient-elles être accessibles ?
Aucun calendrier officiel n'existe. La Dr Amandine Luquiens, investigatrice de l'essai PAD, estimait en 2024 qu'un usage clinique n'était pas attendu avant une dizaine d'années, le temps de réunir des essais de grande ampleur, selon La Revue du Praticien.
Elle rappelle aussi que des preuves solides d'efficacité dans l'addiction n'existent pas encore et qu'une prise sans supervision ni psychothérapie est déconseillée.
Questions fréquentes
Peut-on participer à un essai clinique sur la psilocybine en France ?
Oui, mais uniquement dans les centres autorisés qui recrutent des patients répondant à des critères précis. Le CHU de Nîmes a notamment publié un appel à participants pour son étude.
La psilocybine est-elle prescrite en France ?
Non. Elle n'a pas d'autorisation de mise sur le marché pour la dépression ou les addictions. Elle n'est utilisée que dans des essais cliniques autorisés par l'ANSM.
Pourquoi le double aveugle est-il difficile avec les psychédéliques ?
Les effets de la substance sont facilement perceptibles. Dans l'essai PAD, 93,3 % des patients et 86,7 % des investigateurs ont deviné le groupe de traitement, ce qui peut gonfler l'effet apparent.
Sources
- Assemblée nationale, question écrite n° 1949 et réponse du ministère de la Santé (JO du 27 mai 2025)
- CHU de Nîmes, communiqué de presse sur l'étude PAD (22 janvier 2024)
- Caducee.net, premiers résultats de l'étude pilote française (25 juillet 2025)
- ANR, projet PSILOTRAZ (dépression résistante), GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences
- Le Quotidien du Médecin, « Psychédéliques : premiers essais en France » (20 décembre 2024)
- Le Quotidien du Médecin, entretien avec la Dr Lucie Berkovitch (28 février 2024)
- La Revue du Praticien, « Place des psychédéliques en psychiatrie : véritable révolution thérapeutique ou effet de mode ? » (15 octobre 2025)
- La Revue du Praticien, « La psilocybine pour le sevrage alcoolique ? » (5 septembre 2024)
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